" Te revoir..."

à lire jusqu'au bout...

à DAFY...

Te revoir, encore une fois, dans mes rêves…

 

-          « J’ai rêvé de lui », dit-elle à son mari en se levant ce matin là, après avoir passé une nuit longue et douloureuse. J’ai pu le voir, le toucher, l’embrasser, continua-t-elle, la voix emplie d’une émotion imminente et fragile. Et toi, tu rêves de lui de temps en temps ?

-          Non, jamais, lui répondit son mari, étonné et quelque peu désintéressé.

 

Sa réponse ne l’étonna guère. On ne rêve que de scènes ou d’êtres qui nous touchent, nous émeuvent, des êtres à qui l’on pense souvent, qui ne sont plus, ou envers lesquels on éprouve parfois un réel sentiment de culpabilité. C’était son cas à elle. Elle rêvait régulièrement de lui, mais assez rarement tout de même. Dans ses rêves, ces brefs moments passés avec lui, lui permettaient de profiter encore un peu de sa présence, de lui prodiguer les caresses, manquées de son vivant, ou trop peu nombreuses les derniers temps.

C’était une occasion pour elle de lui dire dans ses rêves, qu’elle l’aimait, qu’elle l’avait fortement aimé, et qu’elle l’aimerait toujours, qu’elle ne l’oublierait jamais.

Elle se réveillait alors, chaque fois, les larmes aux yeux, le cœur gros, heureuse de l’avoir revu, émue d’avoir pu revoir si nettement ses traits doux, et empreinte d’un sentiment affecté que même son mari ignorait et ne pouvait comprendre.

 Quand elle faisait ce genre de rêve, elle passait ensuite toute la journée à revivre discrètement, pour elle, ce moment très court, ces instants de rêve, dans son rêve, avec lui.

Elle le retrouverait, bientôt, dans quelques semaines, quelques mois, au cours d’une nuit inattendue, sans prévenir ; elle pourrait à nouveau le revoir, le toucher, l’embrasser, lui dire encore qu’elle l’aime, qu’elle regrette les derniers moments avec lui, qu’elle regrette les derniers mois où elle manquait alors de patience avec lui.

 Toute la journée, elle culpabilisait de nouveau sur son passé. Elle aurait voulu effacer ces derniers mois où elle avait manqué de temps pour lui, de patience, où, stressée par son travail, fatiguée par ses enfants et par le rythme ininterrompu de la vie, elle n’avait pu lui consacrer plus de tendresse et d’amour qu’elle l’aurait souhaité.

Depuis sa disparition, elle avait regretté ses gestes ou ses non gestes. Elle se rappellera toujours le vide qui avait rempli sa maison, son jardin, sa vie, quand il fût parti. Ce vide énorme et froid, sans vie, ce vide désert d’existence et si bruyant qui hurle à vos oreilles ce manque soudain et brutal. Ce manque de vie, de présence, d’amour.

Elle espérait depuis, dans l’intimité de ses rêves, le retrouver, quelques nuits à peine dans l’année, qui suffisaient pourtant, ces moments étant si difficiles à supporter, revoir un être mort, comme s’il était toujours vivant, et vous savez presque dans vos rêves, quand vous le voyez, qu’il n’est plus, mais vous êtes si content, heureux, de le revoir, une fois, quelques secondes…comme pour rattraper le temps, comme si une seconde chance de vous rattraper vous était donné, afin de ne plus culpabiliser…ce serait si facile. La culpabilité restera, ce sentiment insoutenable, qui ne s’efface jamais. Le temps amenuise la douleur de la disparition de l’être, jamais la culpabilité…

Elle avait déjà retrouvé dans ses songes, certains êtres disparus, elle avait eu plaisir à les revoir, elle avait eu mal aussi. Elle savait donc, que peut-être, une nuit, elle aurait cette chance, de revoir un être cher et disparu, l’espace d’un instant furtif.

Elle espérait, depuis, le revoir, revoir sa silhouette majestueuse, réconfortante, apaisante, si douce, et lui dire encore :

 

- « Je t’aime mon chien, je t’ai tellement aimé tu sais, je t’aimerai toujours, pardonne moi… »

 

Nouvelles 2006

Véronique FRICOT